Regarde la mer

Anglo Patagonian, explo photo sur le vieux vapeur

31 Juillet 2015, 19:18pm

Publié par Pascal Collin

11 juillet 1917

Venant de passer à l'ouest de l'ile d'Yeu l'Anglo Patagonian, un cargo à vapeur anglais de 120m de long fort d'un équipage de 45 marins, fait route vers Bordeaux. La veille, son commandant, le Capitaine Greenhill, a décidé de quitter le lent convoi dont il faisait partie afin de filer plein sud et ainsi gagner un temps précieux. C'est une belle nuit d'été, la mer est calme et les marins du vapeur esseulé en oublieraient presque qu'à l'autre extrémité de la France la guerre fait rage et qu'en mer le danger rôde, tapis sous la surface de l'eau. Le chargement d'obus et autres matériels militaires est tout de même là pour leur rappeler le conflit. Conflit qui ne va d'ailleurs pas tarder à les rattraper. Car si de telles conditions météo sont agréables pour la navigation et permettent d'augmenter la vitesse de croisière du cargo, elles plaisent également aux sous-marins allemands et à leur commandant l'œil rivé au périscope.

Vers 1 heure du matin, l'Anglo Patagonian est à 15 milles nautiques dans le sud d'Yeu. Les marins ne se doutent pas qu'à portée de torpille l'UC-72, un habitué du secteur, est en embuscade. Il a déjà à son actif plusieurs navires alliés dont le Sequana, torpillé un mois plus tôt à moins de 10 milles de là et qui sert désormais de sépulture à 166 âmes. L'arme sous-marine meurtrière est rapidement lancée et vient frapper de sa violence destructrice le cargo sur son tribord. L'explosion qui secoue le navire est telle que la cheminée et le mât arrière se brisent. Quatre marins sont également tués par la déflagration. L'énorme brèche ouverte par la torpille invite immédiatement la mer à s'engouffrer et le cargo ne tarde pas à prendre de la gîte.

Dans un désespoir guerrier, les marins arment le canon du bord. En vain, le sous-marin reste invisible. Puis quand bien même, l'heure n'est déjà plus à jouer du canon mais à sauver sa vie. Le navire donne maintenant sérieusement de la bande et le commandant a sonné l'ordre de mettre les canots à l'eau. Les marins ont tout juste le temps d'embarquer que le vapeur s'enfonce puis disparait sous les flots. Jusque-là insaisissable, le sous-marin fait alors surface et arraisonne les embarcations afin de soutirer des informations aux rescapés puis les abandonne à leur sort. C'est sous un beau ciel d'été étoilé que le capitaine Greenhill désormais commandant d'une flottille de 3 canots de sauvetage ordonne de gagner la terre la plus proche. L'Anglo Patagonian, son bâtiment il y a encore quelques dizaines de minutes, commence lui sa nouvelle vie d'épave.

 

Lundi 13 juillet 2015

C'est précédé du talentueux photographe Frank Leloire que je descends vers l'Anglo Patagonian. Une fois n'est pas coutume, je serai sur des photos ! Notre grand ami Bruno, modèle sous-marin en devenir, ferme la palanquée. Posé sur le sable vendéen à la profondeur raisonnable de 45m, Le cargo naufragé nous attend, plongé dans l'eau du large quelque peu laiteuse ce jour mais offrant tout de même une vingtaine de mètres de visibilité. La découverte et l’explo photo commencent.

Près d'un siècle d'immersion et l'exploitation à coups d'explosifs de son épave en 1933 ont eu raison des structures et formes navales de l'Anglo Patagonian. Malgré cela et malgré aussi son éloignement des côtes, le vieux vapeur a plus d'un argument à faire valoir pour attirer à lui les plongeurs fans d'acier chargé d'histoire mais aussi de beaux animaux. Malheureusement pas d'hélice visible mais le secteur de barre aux allures de sculpture contemporaine est encore debout. Il est incliné et en partie emmaillé dans un vieux chalut tiré vers la surface par ses flotteurs et remontant de plus de 10 mètres. La ligne d'arbre est par endroits toujours recouverte de son large carter rectangulaire.

A l'autre bout du long cylindre d'acier c'est une mécanique peu commune qui repose couchée. Si les machines à vapeur triple-expansions sont légions sur les épaves de la Grande Guerre, celles à 4 pistons sont rares. C'est donc une "4 cylindres en ligne" qui gît là avec près d'elle ses 4 chaudières attitrées. Autour de ce gros morceau d'épave, dansent lieus, tacauds, congres... sous les yeux des dormeurs, homards et leurs autres colocataires à pinces parfois cachés sous des obus. Destinés à semer la mort sur les lignes ennemies de l'époque, ceux-ci abritent maintenant la vie sous-marine. A l'image des autres navires naufragés du secteur et posés au milieu d'une vaste étendue de sable, l'Anglo Patagonian s'est reconverti en récif artificiel.

Plus sur l'avant quelques pans de tôles et treuils à vapeurs jalonnent la route vers les restes de la proue. Mais il est l'heure de rebrousser chemin, cette petite partie d'épave sera pour une prochaine visite. Et oui, avec deux photographes qui s'amusent sous les yeux de leur "modèle encadrant", parcourir 120m aller et retour de la même épave à -45m était mission impossible.

Une fois de plus un grand merci à mes amis Islais (à l'année et d'été) pour la super sortie sous l'eau, autant qu'en surface.

 

Retrouvez l'histoire plus complète et de belles vidéos de l'Anglo Patagonian sur le site des ANGES (j'y suis donc en photos !!)

Aussi sur papier glacé dans le très beau livre

Plus de photos dans l'album

Voir les commentaires

Dolviken, coup de grisaille sur le désaccostage

24 Juillet 2015, 11:42am

Publié par Pascal

Vendredi 17 juillet 2015

Sous un ciel chargé et à l’heure de midi, une armada de 4 remorqueurs nazairiens a rendez-vous avec un gros tanker norvégien. Long de 274m, le Dolviken a terminé de livrer sa cargaison d’or noir indispensable à notre monde moderne et doit maintenant larguer les amarres. Mais avant de prendre le large, il devra se décoller du quai et effectuer un 180° sur un plan d’eau restreint. Bien sûr pour ces manœuvres, la longue coque à la peinture marquée par les jours en mer et les contacts dans les ports a besoin de l’aide des remorqueurs.

Sous les ordres du Pilote de la Loire, ceux-ci se collent d’abord contre le bordé opposé au quai, le temps de laisser aux marins et lamaneurs le soin de défaire les haussières. Puis, sous un court rayon de soleil, vient le moment de faire bouger les milliers de tonnes d’acier naval, les faire s’éloigner du terminal pétrolier, les faire danser sur l’eau pour les mettre dans le sens du départ. A coups de remorques et de poussées, à la force des chevaux Boluda, le tanker glisse et s’oriente proue vers le large.

Les remorques sont larguées, le pétrolier met machine en avance lente et passe le long des quais de Montoir puis sous le pont de Saint-Nazaire symbole de ligne de départ vers le large. Sous une pluie fine s’invitant à la fin de la manoeuvre, la flotte de remorqueurs l’accompagne jusqu’au niveau de l’avant-port. Encore quelques milles nautiques et le Dolviken quittera le chenal pour s’aventurer sur l’océan… direction la Mer du Nord.

Merci à Boluda Saint-Nazaire pour l’autorisation et à l’équipage du VB Saint-Marc pour le très bon accueil !

Plus de photos dans l'album

Une série à bord du Dolviken

 

Voir les commentaires

Falke, soleil et neige sous-marine sur le sperrbrecher

3 Juillet 2015, 14:36pm

Publié par Pascal Collin

Le 8 août 1944, le Falke, un sperrbrecher de 72m de long est au mouillage à portée de natation de l'ile de Groix lorsque des Mosquitos de la RAF déchirent le ciel dété et fondent sur leur proie. Touché par une roquette sous sa ligne de flottaison, le navire sombre sans faire de victime. Il repose depuis sur un fond de 20/25m.

A cette faible profondeur, si la neige sous-marine s'invite parfois dans l'ambiance le soleil de Bretagne vient régulièrement lui aussi embrasser la tôle. Une sympathique plongée à faible profondeur où l'on peut prendre le temps de s'amuser délicatement avec la faune locale... parfois bien cachée.

Plus de photos dans l'album

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>
me(__FILE__) . '/'); /** Réglage des variables de WordPress et de ses fichiers inclus. */ require_once(ABSPATH . 'wp-settings.php');