Mercredi 17 septembre 2014 3 17 /09 /Sep /2014 11:25

Les 11 et 12 janvier 1920, au large des côtes vendéennes se joua le plus grand drame maritime français.

Le 9 janvier l'Afrique, un paquebot mixte de 119 mètres de long et près de 15 mètres de large, quitte les quais de Bordeaux à destination du Sénégal avec 602 personnes à son bord. En plus des 135 membres d'équipage sous les ordres du commandant Antoine Le Dû, 467 passagers se répartissent entre les 1ère, 2ème et 3ème classes. Parmi ces passagers des industriels avec femmes et enfants, des missionnaires ainsi que 192 tirailleurs sénégalais survivants de l'enfer des tranchées qui rentrent au pays.

Le 10 janvier, alors que le navire fait route vers le large dans une mer formée, les mécaniciens détectent une voie d'eau à la chaufferie. Ordre est donné de lancer les pompes d'assèchement et de ralentir l'allure afin de diminuer roulis et tangage. La voie d'eau ne semblant pas importante, Le commandant, homme d'expérience, maintient le cap vers Dakar. Les événements qui vont suivre vont le contredire sévèrement.

La nuit tombe, la température chute, le vent forci et la mer se creuse un peu plus. La tempête approche. Dans les entrailles de l'Afrique, la voie d’eau s'aggrave. Les tentatives pour l'enrailler sont vaines et l'eau commence à monter dangereusement. Tard dans la nuit, des escarbilles encrassent les pompes et celles-ci s'arrêtent. Les hommes ont à présent comme unique solution d'écoper avec des seaux. La situation devient critique. Le Commandant décide de faire demi-tour et de rentrer vers La Pallice qui se trouve maintenant à 70 milles nautiques. Dans le même temps un message est envoyé à la compagnie pour l'avertir de la situation.

Ordre est donc donné de virer de bord pour mettre cap vers le continent. Malheureusement, le manque de vitesse et les conditions de mer font échouer le premier essai, puis le second. L'appareil à gouverner se met en défaut, puis redémarre, d'autres virements de bord sont tentés... en vain ! La tempête a maintenant fait place à un ouragan soulevant des vagues de 10 mètres de haut rendant l'Afrique très difficicilement manoeuvrable. La catastrophe est en marche.

Le 11 au petit matin, le commandant Le Dû annonce sa situation par TSF et demande assistance d'urgence. Mais la mer est impraticable pour les remorqueurs des ports les plus proches et ils sont contraints de faire demi-tour pour ne pas eux-même sombrer. Seul un navire déjà en mer va se manifester, c'est le Ceylan, un cargo plus grand que l'Afrique. Affrontant lui aussi le gros temps il se déroute pour lui porter assistance. A bord de l'Afrique les passagers sont presque tous malades et dans un état second, inconscients du drame qui se joue. Les marins continuent tant bien que mal d'écoper la mer qui envahi la machine du paquebot afin de maintenir la propulsion et l'énergie.

En milieu d'après midi, le Ceylan arrive à hauteur de l'Afrique. Le commandant Le Dû lui demande de l'escorter jusqu'à la côte. L'Afrique tente de se remettre en route. Les événements vont s'enchaîner rapidement. L'eau monte en machine et les chaudières sont progressivement noyées. Privées de vapeur, les machines s'arrêtent. Le paquebot n'est alors plus du tout maître de son destin. La nuit tombe et il dérive dangereusement vers le plateau de Rochebonne où déferlent des vagues de 15m de haut. C'est alors que la dynamo s'arrête à son tour, plongeant le navire et ses passagers dans le noir. Le Ceylan ne pouvant plus l'apercevoir n'a d'autre choix que de s'éloigner afin d'éviter d'être pris dans la catastrophe.

Les compartiments machine totalement noyés, l'Afrique ne flotte plus que grâce à ses cloisons étanches préservant le reste du navire. Mais ce n'est qu'un sursis. En fin de soirée, à la dérive et dans le noir, le navire vient heurter violemment le bateau feu signalant le plateau de Rochebonne. L'importante voie d'eau qui s'en suis anéanti le dernier espoir du commandant de sauver son navire. Il ordonne de procéder à l'évacuation. A la lumières de torches et dans une mer en furie les premiers canots de sauvetages sont à peine descendus qu'ils sont arrachés par les vagues emportant déjà des premières vies.

Dans la nuit, le froid et à bord d'un navire qui sombre sous leurs pieds, les passagers malades et paralysés par la peur refusent de prendre place dans les embarcations de sauvetage. Le 12 janvier vers 3 heures du matin, envahi par la mer, l'Afrique s'enfonce sous les flots déchainés emportant avec lui 568 hommes, femmes et enfants, c'est à dire la quasi-totalité des passagers et marins qui avaient pris place à son bord. Seuls 34 rescapés toucheront péniblement terre au matin. Durant des semaines, les corps viendront s'échouer sur les côtes vendéennes. Survenu 14 mois après la fin de la grande guerre et en pleine période électorale, le naufrage n'aura qu'un faible traitement médiatique.


Depuis cette dramatique nuit, le paquebot Afrique repose sur un fond de sable à -47 mètres environ et à 23 milles nautiques des Sables d'Olonne. Il offre à ses visiteurs une plongée mémorable par bien des aspects. La tôle, bien sûr. Parcourir les restes de la chaufferie et ses 6 chaudières, passer entre les 2 immenses machines, se glisser dans les entre-ponts de la partie avant, se poser à genoux face à la majestueuse étrave, à l'opposé, admirer la poupe avec son hélice bâbord colorée et le safran encore à poste. Une plongée ne suffit bien sûr pas...

Puis la faune... Des milliers de tacauds, qui par endroit forment un tapis de plus d'un mètre d'épaisseur, les lieus du large qui viennent vous faire face, les congres qui chassent sans faire attention à vous, les crustacés de toutes sorte... et bien sûr, avec un peu de chance : les poissons lune. Le Mola, Graal du plongeur en Atlantique !

Mais l'Afrique c'est aussi une plongée sur le lieu d'un drame. Si l'épave est magnifique, la faune incroyable, il ne faut pas oublier qu'ici même, le 12 janvier 1920, 568 vies s'éteignaient dans l'eau froide...


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(beaucoup) Plus de photos dans l'album
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Par Pascal Collin
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Mercredi 3 septembre 2014 3 03 /09 /Sep /2014 18:00

Dimanche 17 août 2014

Il y a plusieurs années une équipe de plongeurs découvrait, au nord ouest de l'ile d'Yeu, une mystérieuse épave sans hélice mais avec pourtant une chaudière qui jadis avait fourni de la vapeur à la petite machine également toujours posée à côté d'elle. Sur cette épave de taille modeste, des restes de fanaux métalliques étaient accrochés à une entrée de cale et vivaient là leurs dernières années, inlassablement rongés par le sel. Dans un élan de poésie, les plongeurs décidèrent de nommer cette épave de navire inconnu : "l'Epave aux lanternes".

Bien des années après sa découverte, les lanternes ne sont plus et l'épave n'a toujours pas livré le secret de son vrai nom. Si le mystère de l'identité du navire qui repose par -52 mètres de fond n'est toujours pas levée, la plongée qu'il offre est superbe. Le jour de notre exploration, le navire inconnu reposait dans une ambiance bleu sombre à la visibilité atteignant une vingtaine de mètres. Transpercée par la lumière des lampes de plongée, l'eau bleue révélait les reflets d'écailles de la faune, les nuances de l'acier oxydé, les couleurs des anémones des profondeurs... Bienvenue sur L'épave aux lanternes !

L'épave aux lanternes sur le site des Anges

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Plus de photos dans l'album
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Par Pascal Collin
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Samedi 23 août 2014 6 23 /08 /Août /2014 07:30

Baptisé "Sachsen Wald" à sa construction en 1939, le chalutier allemand de 57 mètres ne connaîtra pas longtemps l'odeur de la pêche en mer. Rapidement réquisitionné, il est affublé d'armes de guerre dont un canon sur la plage avant. Rebaptisé "V-414" en août 1941, le navire est affecté à la défense de la façade Atlantique où il effectue diverses missions d'escortes sans connaître la fureur du combat durant les premières années d'occupation. En 1944, la pression alliée sur le front ouest s'intensifie. Les airs appartiennent aux boat fighters anglais et sur la mer croisent de redoutables navires de guerres. Les bâtiments de la Kriegsmarine sont devenus des proies.

La nuit du 5 au 6 août 1944, le V414 fait partie d'une flottille de 7 navires allemands qui naviguent à quelques milles nautiques de l'île d'Yeu. Provenant de Saint-Nazaire, les navires descendent vers la Rochelle chargés de soldats et de matériels. Pris en chasse par de puissants bâtiments de guerre alliés, le convoi allemand subit, en milieu de nuit, un déluge de feu et d'acier. L'équilibre des forces est à ce point inégal qu'en 1/4 d'heure à peine, 6 des 7 navires sont envoyés par le fond avec hommes et chargements. Les canons alliés viennent de semer la désolation dans le convoi de la Kriegsmarine. Le seul navire qui réussi à s'extirper du combat sera coulé par l'aviation anglaise quelques heures plus tard.

Vestiges d'un court mais meurtrier combat naval, les épaves de ces navires reposent sur le sable du large vers les 55 mètres de fond à quelques encablures les unes des autres. Parmi ces "ferrailles" se trouve le V414. Ce dimanche 17 août 2014, outre la beauté de l'épave, la visite allait proposer une ambiance surprenante. Ayant traversé un nuage compact à la descente, c'est de nuit et à petite vitesse que nous visitions les restes du chalutier. Puis, comme par magie, à presque 15 minutes d'immersion, le jour se leva subitement et révéla l'épave dans presque 20 mètres de visibilité ! Malheureusement, 3 minutes de plus et c'était déjà l'heure de la remontée. Une des plus belles plongées de la saison et aussi, sûrement, la plus grosse frustration de l'année !

Le récit plus détaillé sur la page de l'Hoheweg.

Le V414 sur le site des ANGES

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V414 T9841
V414 T9846
V414 T9863
V414 T9869
V414 T9872
V414 T9876
V414 T9879
V414 T9881-1
V414 T9884
V414 T9886
Plus de photos dans l'album
V414 T9877

Par Pascal Collin
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