Regarde la mer

Marne N°1, sa tôle, ses couleurs et son gardien

29 Juin 2011, 19:09pm

Publié par Pascal Collin

Dimanche 26 juin 2011

Soleil de plomb et mer calme pour ce rendez-vous avec la tôle de fond. Une nouvelle fois, dans une eau plus claire que la moyenne, 29 mètres sous la coque du Bulle de Jade 2, une trace de la folie des hommes nous attend.
 
Le soir du 28 juin 1917, le Marne N°1, beau cargo français flambant neuf navigue en tête d'un convoi de 7 navires descendant vers Bordeaux et sous escorte de 2 patrouilleurs. Malheureusement ce soir là l'UC-61 est en embuscade du côté de Noirmoutier et la belle proie que fait le Marne n'échappe pas à la vigie du sous-marin. Une torpille du bâtiment de la Kriegsmarine touche le cargo sur tribord au niveau de la chaufferie et l'eau s'engouffre immédiatement. Les membres d'équipage tentent de sauver leur vie dans les chaloupes mais dans une mer agitée et en pleine nuit, l'évacuation tourne au drame. Le vapeur français s'enfonce à 6 miles au large de Noirmoutier emportant avec lui 10 marins sur les 38 que comptait son équipage.
 
Bascule arrière 94 ans après le naufrage et descente le long du bout. Le grappin posé près de la mèche de gouvernail nous indique le début de la visite. Cette année, les congres ont envahi l'épave. L'un d'eux n'appréciant pas que je lui chatouille le dos, fait marche arrière, sort la tête et me montre les dents. OK, je te laisse tranquille ! De la poupe vers la proue, à l'axe navire, nous remontons l'épave du Marne au milieu de ses habitants. Un homard à la pince tranchante fraîchement repoussée est logé sur les hauteurs d'un pan de tôle. Me regardant depuis sa fenêtre, il semble être le gardien de la place. Les 3 chaudières, la machine triple expansion qui développait 2000 chevaux et qui laisse apparaître son énorme piston basse pression... la partie centrale du vieux vapeur a de quoi occuper à elle seule plusieurs minutes de plongée. Une coquette mâle nous exhibe ses couleurs et retient l'attention de Seb et moi. Lydie, elle, préfère s'ébahir de quelques crevettes sous la protection d'un congre.

Mais il faut avancer vers l'avant, avec Seb on est là pour voir du piston et du canon ! Un congre, se promène en pleine eau entre les treuils qui sont posés au milieu des débris. A quelques mètres, le canon avant de 90mm couché est toujours accroché à son affût en crinoline. Un peu plus sur l'avant, le tas de chaînes puis les deux ancres croisées indiquent que nous sommes arrivés à l'extrême avant, toujours à l'axe navire. La demi-heure au fond est largement dépassée, il n'en fallait pas moins pour parcourir les restes du Marne qui mesurait tout de même 114m de long. Bras en croix, pouces vers le haut... fin de plongée on remonte  !

Marne
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Birvidic, la vague passe

26 Juin 2011, 18:40pm

Publié par Pascal Collin

Mardi 24 mai 2011

Jour de baston ensoleillée sur la côte sauvage du Finistère Nord. Proche de la petite presqu'île de Saint-Laurent, la bouée Birvidic affonte sans broncher la houle de printemps.

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Peter Sif, tombant d'acier

22 Juin 2011, 20:30pm

Publié par Pascal Collin

Jeudi 15 novembre 1979

C'est l'hiver et la météo de cette mi-novembre ne contredit pas le calendrier. A la pointe de Bretagne, un vent de noroît souffle à force 7 et soulève des lames de 8 mètres chargées d'écume. C'est dans ces mauvaises conditions que le Peter Sif, porte-conteneurs danois d'à peine 100m de long descend le rail d'Ouessant. Dans ses conteneurs : des vêtements, des matériaux de construction, du matériel de travaux public et des palettes de bière d'une célèbre marque néerlandaise.

En début d'après-midi, un conteneur brise ses amarres et vient frapper violemment la coque du navire ouvrant une brèche qui invite aussitôt l'eau de mer à pénétrer. Sans tarder, le capitaine demande assistance aux navires croisant dans les parages. Le Jean Moulin, Aviso en surveillance sur le rail ce jour là, vient à la rencontre du navire danois blessé. Décision est prise de tenter de rallier Brest. Mais l'escorte du bâtiment de la Marine Nationale n'est malheureusement d'aucun secours face à la voie d'eau. Le Peter Siff commence à donner sérieusement de la bande sur bâbord et doit se réfugier en baie de Lampaul.

Arrivé également sur zone, l'Abeille Flandre tente une opération de remorquage. Alors que la nuit est déjà tombée, une remorque est passée entre les deux navires. Malheureusement, la salle des machines noyée, le porte-conteneurs accuse une gîte critique et son équipage préfère l'évacuer sans délai. Il est recueilli par le remorqueur de haute mer. Dans la soirée, le Peter Sif termine de s'incliner définitivement sur bâbord et s'en va se poser à plus de 50 mètres de profondeur et à quelques 300 mètres de la pointe de Pen Ar Viler.

La cargaison de vêtements et de matériaux du Peter Sif sera rejetée à la côte et donnera lieu, comme il est d'usage à Ouessant, à l'organisation de bourses d'échanges. Un Bobcat est toujours visible dans les cales. Quant aux palettes de bière, elles ne seront officiellement jamais retrouvées. Une disparition qui alimentera rumeurs et spéculations. Tout naufrage a son mystère...


Lundi 13 juin 2011

Bascule arrière sous la grisaille, Didier prend la tête et nous plombons vers... le sable 51m plus bas. Mais mon équiper est un détecteur de tôle et c'est avec une étrange facilité (et pour la deuxième fois du we) qu'il indique la direction de l'épave qui était pourtant hors de visibilité. Là, nous sommes posés sur le sable et le bordé de fond du Peter Sif nous fait face. A l'échelle d'un plongeur la masse de ferraille est impressionnante, surtout à cette profondeur. Nous montons le long du tombant d'acier. Les bouquets de clavelines brillent et les nombreux spirographes se ferment les uns après les autres à la lumière des phares.

16 mètres plus haut, le bordé tribord nous sert de piste de 100m et c'est à pleines palmes que nous allons rendre une visite de courte durée à l'ancre encore à poste. Demi-tour et, quelques mètres plus bas, nous prenons la direction de la poupe, louvoyant dans les portiques, au milieu des treuils, près des panneaux de cales et autour des crinolines des mâts et des bastingages. Le terrain de jeu est vaste, ludique et nous ne faisons que l'effleurer. Si le Peter Siff était de taille modeste pour un porte-conteneurs, il est devenu une très grosse épave !

Le château est en vue. Un coup d'œil à l'intérieur qui semble vide et nous le dépassons pour aller saluer le symbole du navire : le logo encore placardé sur la cheminée. Un "KIL" synonyme de fin d'exploration. L'hélice et l'appareil à gouverner seront pour une prochaine fois... tout comme le Bobcat et les détails de l'armement.

Dernière série de paliers du we et remontée précédée d'un lâcher d'air afin d'écarter une éventuelle nappe de fioul. En effet, le Peter Sif n'en a pas terminé avec ses réservoirs de propulsion. Une irisation est d'ailleurs nettement visible en surface. Une façon comme une autre de se rappeler au bon souvenir des hommes qui l'ont abandonné à son triste sort.


Peter Siff

T6206

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