Regarde la mer

U-976, loup gris solitaire

24 Août 2013, 07:20am

Publié par Pascal Collin

Vendredi 24 mars 1944

Au petit matin, le U-976, U-boot de classe VII C, fait surface au large de l'île d'Yeu, à son point de rendez-vous avec les navires en charge de l'escorter. Tous espèrent rejoindre sans encombre la base sous-marine de Saint-Nazaire. Mais comme souvent depuis plusieurs mois, les services secrets britanniques ont décodé les transmissions entre le sous-marin et son commandement. La Royal Air Force lui a réservé un comité d'accueil auquel il n'échappera pas.

A 9h20, alors que le convoi est presque en vue de Noirmoutier, six Mosquitos déchirent le ciel et, déjouant la DCA des navires allemands, fondent sur leur proie. Le U-976, piégé par la faible profondeur ne peut effectuer une plongée d'urgence. Il décrit alors des zig zag et fait parler sa batterie anti-aérienne. En vain. Les obus perforants que crachent les canons de 57 des appareils de la R.A.F ont vite raison de son faible blindage.

Rapidement, l'eau de mer s'engouffre par l'arrière et le U-boot commence déjà à s'enfoncer. Comprenant que le sort en est jeté, l'équipage n'a pas d'autre choix que de l'évacuer et de se regrouper sur le pont. Ce dernier fini par se dérober sous les pieds des marins qui se jettent à l'eau. Ils seront repêchés par les navires de surface tandis que les Mosquitos s'éloignent. L'attaque aura coûté la vie à 4 sous-mariniers de la Kriegsmarine.

Il est alors 9h40. Le U-976, blessé à mort, bascule sous la surface de l'eau pour la dernière fois et s'en va rejoindre le sable 55 mètres plus bas. Dans la violence de l'impact, il se brise sur l'avant du kiosque, puis termine de se poser, incliné sur tribord. Délaissant pour toujours la fureur de la guerre le loup gris de l'Atlantique commence, ce matin de mars 1944, sa nouvelle vie d'épave.


Dimanche 4 août 2013

Près de 70 ans plus tard, le U-976 est toujours là, posé sur le sable blanc du large. Envoyé par le fond par l'aviation de la R.A.F, il subit maintenant les assauts des tempêtes hivernales... et des chaluts. Son étrave s'en est allée voici quelques années ouvrant la coque externe sur l'avant. Les tubes lance-torpilles sont ainsi parfaitement visibles. La barre de plongée bâbord a miraculeusement été épargnée. Un "beau" morceau de chalut est venu dernièrement se coincer sur l'arrière du kiosque. Certains crustacés y sont d'ailleurs pris au piège... A l'arrière, même si les safrans ont disparus, le point de vue proposé par la poupe inclinée est superbe. Elle offre aux yeux des touristes sous-marins l'hélice bâbord et son gouvernail de profondeur.

Situé loin des côtes et à une profondeur de 55 mètres environ, le "U" voit relativement peu de monde. Il n'en est pas moins (ou d'autant plus !) désiré par les plongeurs d'épaves qui connaissent son existence. Et pour cause, son éloignement, justement, assure régulièrement l'eau claire du large (et la faune qui va avec) et la visibilité peut parfois dépasser les 30 mètres. Mais même si une telle clarté n'est pas au rendez-vous, le loup gris solitaire offre généralement à ses visiteurs une plongée qui peut souvent être résumée en un seul mot : inoubliable !

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Eli Knusten et BF Confianza, une matinée chez les Pilotes

18 Août 2013, 21:00pm

Publié par Pascal Collin

Samedi 27 juillet 2013

Embarquement en compagnie du pilote sur l'Eli Knutsen. Le "petit" pétrolier quitte le poste 4 du terminal pétrolier de Donges. Aidé du VB Saint-Marc, il se désaccoste, effectue un demi-tour et prend le cap du large en passant sous le pont de Saint-nazaire, immanquable ouvrage d'art pour tous les marins au long cours.

Une fois sorti de l'estuaire, la Couronnée IV, la vedette des Pilotes est en vue. Le commandant de l'ELi Knutsen reprend la direction des opérations et ses marins nous escortent jusqu'à l'échelle de corde en bas de laquelle nous attend une petite vedette. Quelques minutes plus tard, nous sommes sur la Couronnée, un superbe navire de servitude ! Quelques rayons de soleil, un tour de vedette et de sympathiques échanges plus tard, il est déjà temps d'embarquer mais cette fois-ci pour une entrée en Loire, ce qui assurera le billet de retour sous un ciel qui se couvre de nouveau.

L'escalade du bordé tribord du BF Constanza et nous sommes accueillis par les marins de ce porte-conteneurs à destination de Montoir de Bretagne. Le voyage durera 1 heure à peine et ce sera l'accostage sous les portiques près desquelles les longues boîtes d'acier attendent d'embarquer. Comme au terme de chaque manœuvre du genre, le pilote rend le commandement du navire à son capitaine et c'est pour moi la fin de cette matinée chez les pilotes et les marins au long cours.

Merci aux Pilotes de La Loire de m'avoir permis cette sortie. Il est à signaler que l'accueil de la part du pilote que j'ai accompagné, comme sur la Couronnée et sur les navires marchants, fut des plus agréables. En ce qui me concerne, la gentillesse des gens de mer n'est plus à démontrer.

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Plus de photos dans l'album
Eli Knutsen - BF Confianza
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Teiresias, dans les cales du paquebot

13 Août 2013, 20:00pm

Publié par Pascal Collin

Lundi 17 juin 1940

Le soleil brille dans le ciel nazairien mais c'est une sombre journée qui va s'abattre sur l'estuaire de la Loire. Les armées alliées soumises à la pression de l'avancée allemande se ruent dans les ports de la façade ouest dans l'espoir de rejoindre l'Angleterre. Le port de Saint-Nazaire ne fait pas exception et des milliers de soldats et autres personnels attendent impatiemment d'embarquer. Une flottille de petites embarcations transfert les hommes des quais vers les navires ancrés non loin des côtes ou en approche. Parmi ceux-ci se détachent les silhouettes des paquebots Lancastria et Teiresias mesurant respectivement 169 et 139 mètres de long.

En milieu de journée les ponts du Lancastria sont combles et son capitaine attend une escorte pour prendre la mer. Le Teiresias n'est pas encore au mouillage et l'embarquement n'a pas débuté. Peu après 15h les premiers avions de la Luftwaffe apparaissent et donnent un premier assaut sans résultat. Le répit est de courte durée. Déjà de nouveaux appareils brillent au soleil. Durant de longues heures, les escadrilles ennemies vont se succéder bombardant sans relâche les nombreux navires.

Dès les premières minutes du combat, les avions fondent sur la proie la plus importante, c'est le Lancastria. Les bombes allemandes atteignant leur cible font un carnage. Elles éventrent les ponts, ouvrent de grandes brèches dans la coque et sèment la mort parmi les marins et passagers. La longue coque ne tarde pas à se coucher sur tribord. Les survivants se jettent à la mer et surnagent dans le mazout pour tenter d'échapper à l'enfer. Pris d'une folie guerrière, les pilotes allemands mitraillent les rescapés et larguent des bombes incendiaires dans le but d'enflammer le carburant qui recouvre la mer sans toutefois y parvenir.

Sur le Teiresias, les marins qui assistent impuissants au désastre vont à leur tour être rattrapés par les événements. Les appareils allemands se dirigent sur eux. Ils lâchent des premières bombes qui ratent leur cible et explosent près de la coque. Les ondes de choc causent néanmoins des voies d'eau et le paquebot ne tarde pas à prendre de la gîte. Profitant d'une accalmie du combat l'équipage met les canots à l'eau et évacue le navire. Certains d'entre eux restent à bord dans l'espoir de le sauver mais le bruit de la tôle rivetée cédant sous la pression de l'eau a finalement raison de leur courage. Les avions ne tardent d'ailleurs pas à revenir et achèvent le Teiresias qui sombre dans l'estuaire en fin de journée.
 
Les avions s'éloignent laissant derrière eux la désolation. Les bateaux affluent pour sauver les quelques rescapés qui ont échappé au carnage. Si l'attaque du Teiresias n'a pas fait de victime, Le Lancastria a subit la fureur de la guerre coûtant la vie à près de 4000 hommes et femmes. C'était le 17 juin 1940, la seconde guerre mondiale était commencée depuis quelques mois à peine et elle venait de montrer toute sa férocité.

Pour un récit plus détaillé et plus historique, je vous invite à ouvrir "Naufrages dans l'estuaire de la Loire" de mes amis Alain Foulonneau et André Meignen.

Après avoir fait le bonheur et le recueillement de nombreux plongeurs durant des années, le Lancastria est classé sépulture marine et interdit à la plongée depuis 2006.


Dimanche 21 juillet 2013

Indiqué par une bouée mal nommée Théresia, le Teiresias repose par une trentaine de mètres sur le fond de l'estuaire... là où l'eau n'est pas souvent claire et où la visibilité peut parfois être nulle. L'épave est à la taille du paquebot : grande ! Malgré les dynamitages effectués pour dégager le chenal, de gros morceaux de navire attendent les visiteurs sous-marins. Treuils, mâts, énormes pans de tôles... et chose rare dans le secteur, il est possible d'entrer à plusieurs dans les cales et la machine. S'y promener est d'ailleurs un moment assez ludique. Sur l'extrême arrière, une pâle d'hélice émerge du sable. Les détails navals du Teiresias sont très nombreux et faire la visite complète de son épave requière plus d'une plongée. Lorsque vous visiterez ce lieu, n'oubliez pas qu'il est historique !

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D'autres photos dans l'album
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