Regarde la mer

Driskos, après la plongée je remonte le temps

14 Juillet 2010, 22:08pm

Publié par Pascal Collin

Dimanche 11 juillet 2010... et quelques jours plus tard.

Croiser un morceau de poterie ou de vaisselle sur une épave connue et plongée est chose peu commune. Que ce morceau porte une inscription ou une gravure est encore plus rare. A 25 mètres, en approchant du Driskos, André et moi avons eu cette chance. Un morceau de poterie avec une inscription en relief est venu donner une petite dimension supplémentaire à une plongée qui s'est avérée particulièrement sympathique.

De retour à la maison, tandis que le matériel séchait encore, je me suis collé à internet et, à partir de l'inscription "Slack", j'ai (longuement et patiemment) cherché d'où pouvait provenir ce petit morceau.

Voici ce que j'ai découvert* :

À une époque où l'eau potable était moins commune qu'aujourd'hui, les petits équipements de purification autonomes étaient très répandus, en particulier dans les régions les moins développées. Slack & Brownlow Ltd, basée à Manchester a commencé à fabriquer des filtres à eau dès le milieu du 19ème siècle. Basant son marketing sur "une mesure de sauvegarde contre le choléra, la typhoïde et les maladies dues à l'eau stagnante", la société en a vendu des milliers d'exemplaires jusqu'au début du 20ème siècle.

Le principe était simple. Le couvercle était retiré et l'eau à traiter était versée dans le récipient supérieur. Lentement, par gravité, elle traversait un filtre à charbon compressé et finissait sa course dans la chambre inférieure. Là, l'eau "pure" était récupérée grâce au robinet situé en partie basse. Des filtres à eau fonctionnant sur le même principe sont encore disponibles aujourd'hui. Certains d'entre eux sont fabriqués par la société Doulton, ayant absorbé la division "Filtres à eau" de Portals Water Treatment qui avait elle-même racheté... Slack & Brownlow !

Le matin du 29 juin 1917, à l'instar du cargo grec sur lequel il était embarqué, le fameux filtre fut victime d'un U-Boot de la Kriegsmarine. Sans doute brisé durant l'attaque il accompagna le vapeur vers le fond de sable et de roches 25/30 mètres plus bas. Alphonse De Lamartine questionnait "Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?". Si la réponse est oui, celle de notre filtre à eau regarde maintenant passer les homards, tacauds et autres congres. Et le bleu de ces derniers lui rappelle certainement celui du pavillon grec que le Driskos battait fièrement en tête de mat !

Pour résumer : Un filtre à eau fabriqué à Manchester, embarqué sur un cargo sorti en 1891 d'un chantier naval, anglais lui aussi; navire battant pavillon grec, coulé dans les eaux françaises par un sous-marin allemand. Que voici une destinée toute européenne et particulièrement singulière pour un objet qui à son époque était des plus ordinaires...

* : D'après diverses sources de l'autre coté du "Channel"
.


0159water filter Slack Brownlow0158water filter Slack Brownlow2
Le filtre présent à bord du Driskos n'était pas exactement un des modèles en photo ci-dessus. Pour celui du haut, l'espace entre l'arrondi du bord en relief et le S de "Slack" est plus long. Sur celui du bas, le bord en relief a des petites frises que n'a pas celui du Driskos. Il y a aussi une différence de relief de l'inscription. Néanmoins, il devait s'agir d'un filtre fort ressemblant.

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Nathalie M. 15/07/2010 09:51


Belle anecdote!Bravo Sherlok!


Pascal 21/07/2010 17:56



Merci Nath' !



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