Regarde la mer

Kléber, cuirassé de légende en mer d'Iroise

8 Juin 2010, 17:04pm

Publié par Pascal Collin

Mercredi 27 juin 1917

Le Kléber, cuirassé de 130m de long pour 7700 tonneaux, rentre d'Afrique Occidentale et se dirige vers Brest, son port d'attache. Son commandant, le capitaine de frégate Lagorio, prévenu des risques de présence de mines flottantes a donné l'ordre de naviguer avec prudence. Vers 5h du matin, alors que le jour se lève et que le navire est en approche du goulet de Brest, la vigie signale une mine à bâbord. Immédiatement, les yeux se braquent sur celle-ci... mais c'est à tribord que le danger sournois frappe. En effet, une deuxième mine explose contre la coque ouvrant une large brèche entre les chaufferies et une soute à charbon.

L'eau s'engouffre ! Sous la pression de celle-ci les portes étanches cèdent les unes après les autres, noyant compartiment après compartiment. Le cuirassé prend de la gite sur tribord et commence à piquer du nez.. Malgré tout, Lagorio ne s'en laisse pas compter. Il donne l'ordre de mettre le cap sur Le Conquet tout proche afin d'y échouer son navire, seul moyen de le sauver. Mais la marche en avant ne fait qu'empirer la situation. L'eau pénètre de plus en plus et le Kléber, sérieusement blessé, doit être mis en panne en attendant les secours.

A 6h15, l'Inconstant ayant capté le SOS du Kléber, arrive sur zone et tente par trois fois de le prendre en remorque. Mais les hélices du cuirassé sont déjà presque hors de l'eau et toute tentative d'un tel sauvetage est vouée à l'échec. A 6h30, alors que les vagues lèchent déjà le pont, Lagorio donne l'ordre à son équipage d'abandonner le navire. Le commandant sera le dernier à quitter son bâtiment. Vers 7h00, au milieu d'une flottille de sauvetage, le Kléber, maintenant envahi par la mer d'Iroise, s'enfonce définitivement par l'avant, bascule sur tribord et va se poser à l'envers sur un fond de sable et de roche à 45 / 50 mètres. C'était sa dernière mission, il avait rendez-vous avec le triste sort du désarmement et du ferraillage. Malheureusement pour 38 des 568 hommes d'équipage, le destin en aura décidé autrement...


Dimanche 6 juin 2010

Le ciel se dégage doucement au-dessus de Camaret. Un groupe de 13 plongeurs embarque sur l'Eclat, destination le lieu ou se joua le drame du 27 juin 1917. Nous avons rendez-vous avec le Kléber, devenu depuis une épave de légende. Une heure et demie de trajet, quelques roulis et tangages ainsi qu'une rencontre "furtive" plus tard nous arrivons sur le point, du coté du Conquet et de l'île de Beniguet. Ben et Alex font le briefing, nous nous équipons et les premières palanquées se mettent à l'eau... Saut droit !

Une descente à toute vitesse le long du mouillage avec Ben et André et les premières images du cuirassé s'affichent sur nos rétines. Celles-ci s'habituent au manque de luminosité. En descendant nous avons traversé une couche de particules, du genre de celles qui aspirent les rayons du soleil. Mais là, l'eau est claire. Le Kléber, maintenant épave bien abîmée (car malheureusement finalement ferraillée), vaut son pesant de paliers à venir. Le spectacle est impressionnant, grandiose et presque étourdissant. Nous sommes au milieu de l'épave et nous survolons les entrailles de la machine. On ne sait où regarder tellement il y a de pièces remarquables. Tuyauteries, vannes, engrenages, échangeurs, vilebrequin, porte étanche... Il y a de tout. Nous passons sur tribord et longeons la coque où de belles gorgones filtrent le léger courant. Là encore, de nombreuses pièces parsèment le terrain.

Tout en continuant notre progression vers l'avant nous repassons au centre, puis à bâbord. Nous avons la même idée en tête : voir une des tourelles et ses canons de 164mm. Mais à cette profondeur, l'air file vite et il déjà temps de faire demi-tour. Alors que Ben et André tournent les palmes, je fais 2 mètres de plus et je l'aperçois, la tourelle ! Nous resterons 20 secondes à l'admirer (le temps de 3 photos encore plus floues que le reste...) puis il est vraiment temps de retourner vers le mouillage. Le DP a dit 16min max au fond et nous y arrivons... Le mouillage est en vue.

Un dernier coup d'œil au Kléber puis nous entamons la remontée orchestrée par les paliers alors que d'autres palanquées descendent à leur tour. Nous aurons exploré à peine un quart du géant, fraction d'épave synonyme de nouvelles visites en perspective. Retour à bord de l'Eclat, la tête chargée de souvenirs en plus de l'azote, la journée n'est pas encore terminée... Le Swansea Vale nous attend.

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Une des portes étanches ?

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Des oeufs de calamar (géant ?!) pour Frédérique et Catherine

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Nous survolons les obus... que je n'avais pas vus sous l'eau !

6937Une tourelle et ses 2 canons de 164mm, à l'ombre de la coque...

Grosse résistance à la photo !

69406944694869506952695869717084L'Eclat, le bateau de Léo 7078 Lomo

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