Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 18:54

vendredi 8 juin 1917

Le Sequana, paquebot mixte de 138 mètres de long est en route pour Bordeaux. Il a quitté Dakar le 28 mai avec à son bord, 99 membres d'équipage, 166 civils ainsi que 400 tirailleurs sénégalais. Dans ses cales sont entassées diverses matières premières telles du blé, du sucre, de la laine ou du tabac.

Vers 3h du matin, le Sequana croise au large de la Vendée à une vitesse de 11 noeuds. Naviguant pourtant sous éclairage faible et feux de navigation masqués, il est repéré par le UC-72 qui chasse dans le secteur. L'enfer ne tarde pas à se déchaîner. Une torpille frappe le paquebot sur tribord. Réalisant que son batiment n'a plus aucune chance, Le commandant Prudenti donne l'ordre de siffler l'évacuation tout en espérant avoir assez d'aire pour échouer.

Tandis que l'eau envahi rapidement la chaufferie puis la machine, les passagers sortis de leur sommeil par la violence de l'impact se dirigent vers les chaloupes. Les gradés sénégalais ne parlant pas eux-mêmes parfaitement français tentent d'expliquer tant bien que mal la situation aux tirailleurs dont la plupart ne parlent qu'un seul dialecte. Perdus et effrayés certains escaladent la mature, d'autres tentent de se réfugier dans les cabines ou, enveloppés dans leur couverture, serrés les uns contre les autres, demeurent dans les coursives jusqu'au dernier moment. Les canonniers tirent au 75mm à trois reprises en direction de ce qu'ils pensent être leur assaillant mais sans résultat. A 3h30, ses cales maintenant noyées, le Sequana s'enfonce par l'avant et fini par sombrer emportant avec lui 198 tirailleurs, 3 civils et 6 membres d'équipage.

Au petit matin, les rescapés posent pieds sur l'île d'Yeu où, pour la première fois ses habitants découvrent des hommes à la peau noire. L’intérêt est tel que toute activité sur l'île sera suspendue durant 24 heures.

Quant au Sequana, il repose depuis cette nuit de tragédie par 45 / 50 mètres de profondeur, au large de l'île d'Yeu, à 5 milles au sud de la pointe des corbeaux.


dimanche 11 octobre 2009

Je descends le long du bout de la bouée espagnole. Yves est en tête, Florian ferme la marche. Malgré le peu de particule le bleu des premiers mètres laisse rapidement la place à une ambiance bien plus sombre. Nous arrivons au niveau des chaudières. Yves hésite un instant sur la direction à prendre puis nous indique le chemin et passe devant.

Je survole une des chaudières sur laquelle quelques tacauds se promènent au milieu de petites gorgonnes. Juste en dessous un congre que je n'avais pas encore vu me lance un regard bleu méfiant. Je ne m'attarde pas, nous sommes à 45 mètres, la plongée sera courte il faut donc progresser. Nous palmons au milieu des tacauds. Des morceaux d’échantillonnages jonchent le fond. J'y braque la lampe, de nombreuses queues bleues dansent dans la ferraille. Un premier treuil nous fait face.

A nouveau un champ de renforts et de morceaux de tôle puis nous apercevons de la superstructure, nous nous approchons. C'est la proue, elle est couchée sur tribord. Toutes les autres palanquées ayant choisi de visiter l'arrière, nous avons cette moitié d'épave pour nous seuls. Un rapide coup d'oeil à l'intérieur et nous croisons le regard, vert celui-là, d'un dormeur bien musclé. Nous contournons, des oeufs de calamars pendent à un renfort... ça me rappelle une discussion à bord du Bulle de Jade 2 alors que nous allions visiter La Marne. Il y a bien des calamars qui viennent rôder sur les épaves ! Yves et Florian agitent leurs lampes, je baisse les yeux, un beau guindeau laisse apparaître sa pignonnerie. Un homard semble y avoir élu domicile. Il nous observe en faisant danser ses antennes. Yves l'attrape. Le lascar ne gesticule pas et se contente de nous exhiber ses pinces, allez retourne près de ton guindeau. Un peu plus loin, un congre habite un écubier, il est tranquillement posé sur la chaine qui pend encore. Nous levons la tête et c'est un encore un congre qui nous offre le spectacle. Il évolue avec aisance parmi la tôle dressée. Nous braquons nos lampes et nos yeux sur lui et il continue comme si de rien n'était.

Mais les minutes se sont une nouvelle fois écoulées bien rapidement, quelques mètres sur les derniers débris de l'avant et nous entamons la remontée. C'est dans l'eau bleue retrouvée que nous effectuons un long palier de décompression. Au-dessus, le gris du ciel nous attend, la mer est toujours aussi calme, en dessous le Sequana et ses nouveaux habitants retrouvent leur tranquillité.

Par Pascal Collin - Publié dans : Epaves
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